Écrit le dimanche 12 mai 2013 par PG Luneau
L’Espagne franquiste… Quelle Terra incognita pour moi! En effet, si vous me lisez depuis quelques temps, vous aurez sans doute compris qu’autant je suis passionné par l’histoire ancienne, de la préhistoire aux années 1800, autant les événements survenus au cours des deux cents dernières années me laissent totalement indifférent!! Les deux grands conflits internationaux ne m’attirent pas du tout, alors pour ce qui est des «conflits collatéraux», pensez donc!! ;^) S’ils ne me font pas vibrer, est-ce parce que l’on peut encore en ressentir, de diverses façons, les impacts sur nos vies? Est-ce parce qu’ils sont, de ce fait, plus incarnés, plus réels pour moi? Chose certaine, l’histoire moderne m’est toujours apparue comme un ramassis de paperasseries politiques sans intérêt, et non pas comme une «histoire» à raconter! Aussi, vous comprendrez qu’il faille qu’un dessinateur ait un sérieux coup de crayon pour que j’en vienne à faire fi de mon indifférence pour le sujet… et pour que je débourse le prix qu’il faut pour me procurer une intégrale, même en bouquinerie!! C’est dire à quel point les amusants traits caricaturaux de l’Espagnol Carlos Giménez sont efficaces et inspirés!! En effet, ce n’est que pour pouvoir admirer l’efficacité du graphisme de ce Giménez que je me suis procuré le très médiatisé Paracuellos, un beau volume qui regroupe en son sein l’équivalent de six albums complets!! Mais qu’est-ce que Paracuellos? Il s’agit d’un genre de pensionnat, chapeauté par l’état espagnol, qui accueillait les enfants orphelins ou ceux dont les parents n’avaient plus les moyens ou la possibilité de les garder avec eux. Plusieurs centres d’Assistance sociale, dans l’Espagne des années ‘40-‘50, pouvaient ainsi prendre en charge les jeunes dont l’unique parent tombait gravement malade ou devait partir pour travailler au loin. Ces établissements nationaux prodiguaient une éducation stricte et très religieuse et un endoctrinement social sournois mais bien réel, au sein duquel Franco était bien bon et ses ennemis, bien sombres. Mais ce que les responsables prodiguaient surtout, c’est une discipline de fer… et à grands coups de ceintures, de gifles ou d’humiliation, s’il-vous-plait! Quelle cruauté!! J’ai subi un véritable choc en lisant le premier tiers de cette compilation. Giménez publiait ces pages dans le magazine Fluide glacial (entre autres), qui se voulait drôle et mordant… Oh! Les tronches des petits personnages le sont, effectivement… Mais l’ensemble était surtout d’une tristesse sans borne!! D’autant plus que ce que Giménez met en pages, dans cette série, c’est sa propre jeunesse, ainsi que celles de ses confrères de foyers! En effet, Giménez lui-même s’est vu balloté entre quatre ou cinq de ces orphelinats, alors qu’il avait entre 6 et 14 ans! Tout, absolument tout ce qui est raconté ici a été vécu, par Giménez (qui se met parfois en scène) ou par l’un ou l’autre de ses petits camarades d’infortune. L’auteur prend bien la peine de nous le préciser dans son long texte (cinq pages!) d’introduction. Que de misère! Que de sadisme! Contrairement à Gotlib, qui nous invite, dans sa préface, à rire un bon coup, j’ai plutôt eu tendance à pleurer sur le sort de ses pauvres enfants que l’Assistance sociale ne prenait sous son aile… que pour mieux les casser! Voyez plutôt : sieste imposée, couchés sur le sol, au gros soleil, de 14 h 30 à 17 h 00 ; privation (d’eau ou de nourriture) ou gavage, selon l’offense ; confiscation des lettres trop révélatrices ; obligation de gifler un camarade fautif sous peine de soi-même se faire gifler ; promenade devant tous avec sur la tête le drap souillé dans lequel on s’était échappé… Et ce n’est là qu’une toute petite partie de ce que Giménez nous relate! Bien sûr : l’auteur nous rappelle qu’il s’agit d’une autre époque, et que le sort des gamins à l’extérieur de ces orphelinats n’était guère différent. L’autorité avait le bras long et la main leste, dans le temps! J’ai rapidement fait le rapprochement avec nos propres enfants de Duplessis, exactement à la même époque! Puis, à la fin du tome #2, l’évasion d’un des mômes nous laisse entrevoir une lueur d’espoir!! D’ailleurs, à partir du tome #3, Giménez semble moins caustique. Est-ce parce qu’on s’habitue au pathétisme désolant, ou si l’artiste nous raconte réellement des anecdotes plus légères, moins tragiques?? J’ai d’abord souri à une ou deux reprises… puis j’ai ri, une fois, quand les jeunes décident de monter une pièce de théâtre, puis lors de leur match de soccer. Ouf! L’humour annoncé est enfin au rendez-vous!! De fait, ce travail de Giménez s’est échelonné sur de nombreuses années, de 1977 à 2003. On réalise rapidement que les premiers épisodes se voulaient de courts comptes-rendus anecdotiques (de deux planches), à la limite, pamphlétaires, sur les petites horreurs qui se vivaient dans différents établissements de ce genre. Les noms des protagonistes changent et il y a peu de personnages récurrents. Ce n’est qu’à partir de la fin du tome #2 que l’auteur commence à plus structurer son petit univers : il centre ses anecdotes dans un seul centre (celui surnommé Paracuellos), il garde le même noyau de «bénéficiaires», et leurs mésaventures s’allongent de quelques planches (on passe à du six ou huit planche) et sentent un peu moins le pathos… J’ai bien dit UN PEU moins! ;^) Maintenant que j’ai refermé cet album, je suis à même de réaliser à quel point j’ai apprécié partager ces importants témoignages, à quel point il serait important qu’ils aient une résonnance partout où des enfants sont obligés d’être retirés de la garde de leurs parents. Une grande leçon d’humanité, et un devoir de mémoire, voilà, somme toute, ce que nous livre ce fantastique communicateur… et le tout, dans un style humoristique qui permet de faire passer la pilule : Bravo, monsieur Giménez!! (À partir de 12 ou 13 ans)
Plus grandes forces de cette BD :
Ce qui m’a le plus agacé :
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White Crows
Mon 7e safari-dédicaces : Des retrouvailles et de nouvelles connaissances!!
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jerome, sur les Orphelins de Duplessis, version Franco
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